Les journalistes en colère contre le cabinet de Ryad Mezzour
Il semble que la communication au sein du cabinet du ministre de l’Industrie et du Commerce, l’Istiqlalien Ryad Mezzour, ne fonctionne ni selon le principe d’égalité des chances ni selon celui du droit d’accès à l’information. Selon plusieurs journalistes, elle obéirait plutôt à une logique de « sélectivité » et de « communication sur mesure ».
Au cœur de cette controverse figure la responsable de la communication du cabinet, Imane Benrebia, à qui des professionnels reprochent des retards répétés dans les réponses aux demandes d’entretiens ou d’éclaircissements officiels. Certains affirment même qu’elle promet des interviews avant de cesser toute réponse, sans excuse ni explication.
Un tel comportement, s’il est avéré, ne saurait être réduit à un simple dysfonctionnement administratif passager ou à une surcharge de travail conjoncturelle. Il traduirait une crise plus profonde dans la compréhension de la fonction même de la communication publique. La relation entre un responsable gouvernemental et la presse n’est ni un luxe ni un service facultatif accordé à certains médias et refusé à d’autres ; elle constitue un élément essentiel des mécanismes de transparence et de reddition des comptes sur lesquels repose l’action démocratique.
Lorsqu’un cabinet ministériel décide d’ouvrir ses canaux à certains journalistes tout en les fermant à d’autres, il n’exerce pas un « droit souverain » de sélection ; il se place en position d’arbitre de la légitimité des questions et des supports médiatiques. C’est là que réside le problème. La presse, quelles que soient ses orientations, n’est pas l’adversaire des institutions : elle est un intermédiaire entre le décideur et le citoyen. Lorsqu’une demande journalistique est ignorée ou laissée sans réponse après une promesse préalable, il ne s’agit pas seulement d’un désagrément professionnel ; c’est le principe même du respect mutuel entre médias et administration publique qui est en jeu.
La crise ne se limite pas à une personne ou à un nom ; elle révèle des dysfonctionnements structurels dans la gestion de la communication au sein de certains cabinets ministériels. Le premier réside dans l’absence d’une politique de communication claire définissant des délais de réponse aux sollicitations des journalistes et des critères d’organisation des entretiens, laissant place aux appréciations personnelles et transformant la communication en pratique sélective plutôt qu’en procédure institutionnelle encadrée. Le second tient à la personnalisation des relations avec les médias, fondées sur la proximité, l’impression ou l’humeur, au lieu de règles professionnelles régies par l’égalité et la transparence.
Par ailleurs, la culture du droit à l’information demeure fragile chez certains responsables, malgré le cadre juridique garantissant aux citoyens et aux journalistes l’accès aux données à caractère public. Lorsque l’information est monopolisée ou que son flux est contrôlé selon des considérations non déclarées, le niveau de confiance entre l’administration et l’opinion publique s’en trouve affaibli. À cela s’ajoute la crainte des questions difficiles : certains acteurs préfèrent évoluer dans des espaces médiatiques « confortables » plutôt que de s’ouvrir à des débats critiques, parfois embarrassants mais nécessaires.
L’image d’un ministre, quelle que soit son appartenance politique, ne se construit pas uniquement à travers les communiqués officiels et les activités protocolaires, mais aussi par sa capacité d’écoute, d’ouverture et d’interaction avec l’ensemble des médias. Tout dysfonctionnement dans la gestion de la communication au sein du cabinet se répercute directement sur cette image, même si le ministre n’en est pas personnellement l’acteur direct.
La communication publique n’est pas une faveur accordée par l’administration à la presse ; elle constitue un devoir institutionnel et éthique. Lorsqu’elle devient un outil de sélection ou une suite de promesses non tenues, elle perd son sens et se transforme en source de tension au lieu d’être un pont de confiance. À l’ère de l’accélération de l’information et du besoin croissant de données fiables, il n’est plus acceptable que la relation avec les journalistes soit gérée dans l’opacité ou l’indifférence, car au final, c’est l’image de l’institution qui en paie le prix avant toute autre partie.