Culture & Société

SNRT : quand la fiction franchit la ligne rouge

Une nouvelle fois, la télévision publique marocaine se retrouve au cœur d’une polémique difficile à justifier par une simple erreur technique ou une maladresse passagère. Cette fois, il ne s’agit ni d’un problème de diffusion ni d’une faiblesse de réalisation, mais d’un faux pas professionnel touchant une institution souveraine de l’État. Une scène de la série « Aach Attamaâ » diffusée sur la « Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision » a en effet montré à l’écran un document présenté aux téléspectateurs comme un acte de divorce, avant qu’il ne s’avère qu’il s’agissait en réalité d’une correspondance administrative officielle émanant du ministère marocain de l’Intérieur.

La série, produite par la société Alian Production appartenant au réalisateur Nabil Ayouch, a ainsi placé les téléspectateurs face à une scène qui a suscité de nombreuses interrogations. Au lieu de créer un document fictif imitant un acte de divorce — une tâche qui ne nécessite généralement que quelques minutes de conception ou une simple feuille rédigée de manière approximative — l’équipe de production a filmé un véritable document administratif, ouvrant la voie à des questions sur les méthodes de travail au sein de certaines productions destinées aux chaînes publiques.

Dans la fiction télévisuelle, la créativité constitue pourtant la solution la plus simple et la plus professionnelle. Un scénariste ou un accessoiriste peut aisément concevoir des documents fictifs crédibles pour le spectateur, sans porter atteinte à aucune institution. Ce qui s’est produit dans ce cas laisse cependant apparaître une forme de précipitation ou de négligence dans la gestion des détails, transformant une correspondance administrative en simple accessoire dans une scène dramatique.

L’élément le plus surprenant est que les chaînes publiques sont censées suivre des procédures strictes de contrôle éditorial et de validation avant toute diffusion. Pourtant, cette séquence est passée sans être relevée ni par les équipes de production, ni par celles chargées de la vérification ou de la réalisation. Cette situation soulève ainsi une question plus large sur le niveau de contrôle et de vérification au sein du système de production audiovisuelle publique.

Cet épisode a également relancé le débat sur la gouvernance de l’audiovisuel public, alors que Fayçal Laraïchi dirige la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision depuis de nombreuses années. À chaque controverse liée aux contenus ou à la qualité de certaines productions, la question de la responsabilité et des mécanismes de contrôle au sein de cette institution revient au premier plan.

La sensibilité de cette affaire ne tient pas seulement à l’apparition d’un document administratif dans une série télévisée, mais aussi au message que peuvent transmettre de telles erreurs quant à la manière dont sont gérés les détails dans les productions audiovisuelles publiques. Dans de nombreux pays, une faute bien moindre pourrait donner lieu à une enquête interne ou à une remise en question professionnelle, car la télévision publique représente l’image de l’État auprès de ses citoyens.

Au Maroc, ces polémiques reviennent régulièrement avant de s’estomper sans qu’un véritable changement ne soit toujours perceptible. Ce qui amène de nombreux observateurs à s’interroger : comment l’audiovisuel public peut-il renforcer la confiance du public si de tels incidents passent sans explication claire ni évaluation professionnelle ?

Au final, ce qui s’est produit dans la série « Aach Attamaâ » dépasse le simple détail technique d’une scène télévisée. Il met en lumière un problème plus profond lié aux mécanismes de production et de contrôle au sein de la télévision publique. Car le respect des institutions ne relève pas seulement du discours, il commence aussi par l’attention portée aux plus petits détails — ceux qui, parfois, révèlent les failles d’un système tout entier.