Le déficit commercial marocain face à la Chine : un défi qui touche nos vies
Quand on parle de déficit commercial, on pense souvent à des chiffres abstraits dans des rapports économiques. Mais derrière ces milliards de dirhams, il y a des réalités qui touchent directement notre quotidien : le prix de votre smartphone, le coût d’une pièce de voiture, ou même le prix du mobilier que l’on achète pour la maison. Aujourd’hui, le commerce extérieur marocain connaît une mutation inquiétante : près de la moitié de notre déficit est désormais lié à l’Asie, et en particulier à la Chine.
Selon les données de l’Office des changes, le déficit commercial du Maroc a atteint 305 milliards de dirhams en 2024, un record historique. Ce n’est pas seulement le chiffre qui inquiète les économistes Idriss El Fina et Cécile Hawthorne, mais la structure de ce déficit. La Chine à elle seule contribue à un tiers du déficit total, tandis que nos exportations vers ce pays progressent très faiblement, de moins de 500 millions de dirhams. Dans le même temps, le déficit avec l’Europe reste élevé (103,2 milliards de dirhams), mais il n’est plus le facteur principal.
Une dépendance asiatique qui se ressent au quotidien
Cette dépendance n’est pas qu’un problème de statistiques : elle touche notre vie de tous les jours. Chaque fois que nous achetons un smartphone, un téléviseur, un four électrique, ou même des meubles à bas prix, il s’agit très souvent de produits importés de Chine. Même les ampoules LED ou les petites pièces électroniques viennent de là-bas. Leur prix attractif cache une réalité plus inquiétante : nous importons ce que nous pourrions progressivement produire nous-mêmes.
Dans l’automobile, par exemple, les importations ont augmenté de plus de 20 % en valeur au printemps 2025. Beaucoup de ces véhicules contiennent des composants électroniques chinois, ce qui alourdit mécaniquement le déficit. Dans la santé, les importations de médicaments et de dispositifs médicaux connaissent également une forte progression, obligeant parfois les pharmacies et hôpitaux à dépendre de l’étranger pour des produits essentiels.
Pour les petites et moyennes entreprises marocaines, cette dépendance se traduit par des difficultés à substituer localement des pièces ou intrants industriels. Les coûts sont plus élevés, les délais plus longs, et la production nationale peine à s’insérer dans des chaînes de valeur où la Chine domine.
Repenser notre manière de commercer
Si cette tendance se poursuit, les projections avancées par les experts indiquent que le déficit commercial pourrait dépasser 350 milliards de dirhams d’ici 2026-2027, avec un déficit asiatique de 190 à 200 milliards, soit plus de 55 % du total. Le déficit bilatéral avec la Chine représenterait alors un dirham sur trois du déficit marocain.
Mais ce défi n’est pas insurmontable. Le Maroc ne doit pas se fermer, mais repenser sa stratégie commerciale. Il s’agit de renforcer le contenu local dans les investissements industriels, de créer des partenariats sélectifs avec transfert de technologies, et de mieux intégrer nos entreprises dans les chaînes de valeur mondiales. L’objectif : transformer l’ouverture commerciale en levier de souveraineté productive, afin que chaque dirham importé corresponde aussi à un produit marocain capable de prendre sa place dans l’économie mondiale.
À l’horizon 2030, le vrai enjeu ne sera plus seulement de savoir avec qui nous commerçons, mais comment nous commerçons, ce que nous importons, et surtout ce que nous choisissons de produire à la place. Les défis posés par la Chine ne sont pas uniquement économiques : ils sont l’occasion de bâtir un Maroc où la souveraineté industrielle devient une réalité tangible, ressentie dans notre vie de tous les jours, dans nos magasins, nos voitures, nos hôpitaux et nos foyers.
Par Omar Lamghibchi